Kaisô no Terror

回想. Cet affreux amalgame de traits se lit kaisô, et signifie « réminiscence » (ou « flashback« , par exemple), en japonais. En plus d’être un mot qui m’a toujours fasciné dans cette langue (c’est un composé de 回, « tourner » ou « revenir »/ »faire un tour complet » et 想 « idée », « concept », « pensée ». Les idées ou les pensées qui tournent et reviennent…) c’est ce que je me suis mis à faire ces derniers jours, et sur quoi je vais me baser pour vous parler aujourd’hui. Tout est parti d’un tweet, récent et anodin.

Je vous rassure, aucun namedropping ni méchanceté dans cette citation, et je ne vais pas passer beaucoup de temps à en parler. Mais la réflexion de Meloku ici (dont je vous invite d’ailleurs à aller voir d’autres réflexions plus détaillées sur Nostroblog qui valent le détour), pourtant innocente et qui n’est qu’un simple constat/avis en une phrase, m’a remis trois mois intenses en tête. Aujourd’hui, je replonge dans le monde terne, informe et délaissé de Terror in Resonance, a.k.a. Zankyô no Terror.

 

 

Car oui, lecteurs, vous ne le savez peut-être pas, mais Terror in Resonance est une série qui avait pas mal rythmé mon été 2014, et peut-être même déjà les saisons avant cela. Comprenez-bien : on annonçait la future production de mon réalisateur-idole Shin’ichirô Watanabe, dans un univers sérieux, toujours aux mains du talentueux studio MAPPA (dont l’association avait déjà donné le passionnant Kids on the Slope – Sakamichi no Apollon au Japon – adapté du manga du même nom), etc. Tant d’éléments qui forçaient un certain facteur de hype chez moi. A l’époque, j’avais pris sur moi d’être à fond sur la série, et j’avais décidé sans vraiment de concertation de suivre et faire la review de chaque épisode sur le blog collaboratif Minorin. Elles y sont d’ailleurs encore disponibles pour chaque épisode et malgré ce que je vais en dire ici, je ne compte pas les y retirer.

Pourquoi les retirer ? Car, 2 ans plus tard et avec un minimum de recul, je pense qu’il s’agit des pires écrits que j’ai pu faire sur un anime, ou même sur une œuvre culturelle en général. Tout m’y semble complètement creux, absurde, ridicule et mal écrit. Tout est linéaire, suivant le déroulement des scènes et situations sans aucune analyse (ou presque) et même si mon penchant pour l’humour n’a pas disparu, la plupart des blagues me semblent mal placées ou tout simplement mauvaises. Ces articles, c’est un gamin à qui on a proposé tous les instruments du monde et qui a décidé de faire du triangle parce que c’était facile, puis va se plaindre que c’est pas terrible par rapport au reste. Et même si je sais que des gens ont apprécié ces articles, je ne peux pas penser autre chose que de la colère envers moi-même pour avoir eu l’audace, la prétention de « couvrir la série » avec des ersatz d’articles comme ceux-ci. La chose dont je suis le plus fier, ce sont les titres. C’est dire. Toutefois, et c’est probablement tout le paradoxe, je n’ai pas changé d’avis sur la série en elle-même. Mes arguments sont partiellement les mêmes également. Du coup, c’est sur ça que j’aimerais revenir : non pas pour « corriger » ces articles, non pas pour infirmer ou confirmer ce que disait le tweet plus haut, ni même pour en faire une review « propre », mais simplement parce que je ressens la nécessité de parler plus en détail de cette série. C’est quelque chose que je couvais depuis déjà un moment, dont je suis complètement passé au travers la première fois, et ce message si anodin a probablement été la confirmation que oui, c’était le bon moment et le bon endroit.

Je trouvais et trouve toujours que Terror in Resonance est une série intéressante. Plus qu’un adjectif fourre-tout utilisé quand on sent que quelque chose se passe dans une série mais dépasse notre compréhension sur le moment ou en général (ce qui était quand même le cas ici pour moi), c’est depuis le départ une série faite pour dépasser la curiosité et les intérêts du spectateur lambda. Comme à la grande heure des séries du créneau noitaminA dont elle fait partie, c’est un anime loin des standards habituels de shônen/seinen/shôjo/série pour enfants. Elle est sombre, originale, très symbolique et thématisée, avec une esthétique et des personnages globalement loin des standards, en tout cas pensés comme tel au départ. Au delà de ma passion pour Watanabe, il y a donc vraiment un fond tangible et prenant qui en fait une curiosité et potentiellement une œuvre charnière, aussi rares peuvent-elles être et aussi subjective puisse être en partie cette définition.

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Pour un petit rappel, la série parle de deux jeunes hommes, surnommés Nine et Twelve, qui planifient et exécutent des attaques terroristes dans un Tokyo moderne (sensiblement similaire au nôtre) en se faisant appeler « Sphinx ». Pour filer la métaphore, ils laissent à chaque fois des messages vidéos sur Internet attisant la paranoïa de la population, en posant des énigmes aux spectateurs, notamment aux enquêteurs chargés de les capturer. Outre la succession d’attaques et d’enquête, la série raconte et explore leurs motivations à tous les deux qui semblent avoir survécu à accident aux circonstances inconnues et semblent vouloir se venger sur la société, mais le fait aussi par le biais du 3ème personnage principal, une adolescente nommée Lisa Mashima, qui va fuir ses problèmes familiaux et personnels pour les rejoindre. D’autres facteurs semblent vouloir faire passer la série au-delà du schéma classique de méfaits et d’enquêtes. C’est le cas par les fils rouges personnels de chacun, mais aussi par la façon de faire : le background est aussi exploré chez les enquêteurs, par exemple. Ou encore : Nine et Twelve semblent se forcer à ne pas faire de victimes dans leurs attentats, mais simplement à atteindre d’un point de vue matériel et symbolique cette société qu’ils ne portent décidément pas dans leurs cœurs.

La preuve en est aussi par la narration. Malgré sa durée courte (11 épisodes), la série ne fera jamais vraiment dans l’exposition avant un moment, et garde un rythme sensiblement lent, qui sert notamment à poser le ton, l’angoisse ambiante et qui est présente chez tous les personnages de la série. Les moments « légers » sont rares, et on bascule entre des scènes qui ne laissent pas de doute : le ton est sérieux, et le dessin quasi-photoréaliste de la série tente vraiment d’ancrer les événements de la série dans un environnement proche du notre. C’est pas la joie. La série contient un certain nombre de critiques sociétales, et ça va au delà des terroristes (qui mériteraient d’ailleurs peut-être qu’on en parle plus au vu de récents événements chez nous, même si le propos n’est pas là). C’est clairement visible dans les personnages (centraux d’abord, mais pas uniquement eux), montrant une jeunesse soit en quête de revanche, en colère, cynique (les 2 MC), ou simplement ennuyée, délaissée, voire en pertes de repère (Lisa). Même pour les enquêteurs, tantôt confrontés aux limites de leurs pouvoirs comme à leur situation face à la mort ou la « défaite ». Comme souvent avec Watanabe, on a là une série qui parle du Japon en apparence, mais pas seulement et qui inclut et utilisé des repères universels.

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Malheureusement, la puissance thématique de la série est gâchée par beaucoup, beaucoup de choses. Et notamment une chute narrative assez nette, en particulier dans la 2ème partie de la série et l’arrivée en force du personnage de Five. S’il y a bien une chose que j’ai faite dans mes reviews, c’est de relever tous ces moments où la narration semblait à côté de la plaque, mais justement sur des plans où cela peut être un choix (le surréalisme, le rythme, …) mais sur tout le reste. En plus de casser tous les effets possibles, elle rend presque caducs certains épisodes en frôlant le ridicule et en empêchant de prendre au sérieux des idées pourtant ingénieuses en terme de symbolique (on parle d’attentats terroristes au niveau macro, et de dépression grave au niveau micro, difficile de faire plus violent). Le contenu existe, il est intéressant, mais se casse dans sa forme. Non pas les visuels, mais tout l’enrobage narratif : la série s’embourbe dans narration de thriller qui ne fonctionne pas ou très peu, et force même certains stéréotypes sur les personnages, à base de répliques clichées, situations prévisibles (le développement du personnage de Shibazaki, qui passe de fascinant à bidon et sous-exploité) et sans incidence (les « énigmes » et ce qui s’en suit), développements burlesques (tout ce qui touche à Five de près ou de loin). La caractérisation des personnages, dont on sent qu’elle veut développer des choses, ne marche alors tout simplement plus. Et je sais qu’avoir une histoire crédible à 100% n’est pas forcément nécessaire pour faire passer des messages claires et/où profonds : il y a beaucoup de choses non expliquées dans des séries fascinantes comme Mushishi, Mawaru Penguindrum et autres chantres du symbolisme. Mais le fait que Terror in Resonance se force d’elle-même dans des codes d’autres genres fait que la mayonnaise ne peut pas prendre partout si l’on est un minimum sensible à ça, ou que l’on en attendait un peu sur des aspects comme la tension, le rythme, l’action, etc.

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Et c’est justement dommage parce que les vrais thèmes de la série sont explorés bien au-delà des arcs narratifs internes au épisodes qui sont assez ratés. Les motivations de Nine et Twelve, bien que prévisibles, sont intéressantes et bien traitées jusqu’au bout. L’épisode final est d’ailleurs pas loin d’être un des meilleurs, ce qui est paradoxal vu ce que je disais sur la narration plus haut. La seule façon de prendre au sérieux des « terroristes qui ne tuent personne » ? Ne pas le faire. Ce n’arrivera probablement jamais en vrai de cette façon-là, mais c’est bien le message qui importe. Si la « thématisation », la symbolique dans animes est un truc qui passe au-dessus de bien 75% des spectateurs (et c’est bien normal, ne serait-ce que vu l’âge moyen ; rien que moi, déjà, je suis aussi lucide qu’une porte de frigo pour ça) comme on l’a déjà vu dans Concrete Revolutio, quand elle existe et qui plus est dans des thématiques aussi sérieuses, il faut le féliciter. On riait à l’époque beaucoup du fait que le scénariste de la série est toujours inconnu ; et au final on s’en fiche. C’est Watanabe qui a crée les concepts de la série, ces fameux thèmes et ces fils rouges, et c’est ce qui devrait compter… Non ?

Sauf que. C’est très difficile de se faire ainsi apprécier quand il y a tant de problèmes en surface et dans l’exécution, et que sur le papier tout était génial, jusqu’à la musique et les visuels. Cette série, c’est un chocolat fait par le plus grand fabricant suisse du genre, dans un enrobage à 500 euros l’exemplaire, faits avec les meilleurs ingrédients trouvables, mais qui une fois dans votre bouche s’avère être fourré au pamplemousse. Tu le manges quand même, tu comprends que c’est bon, mais ça passera jamais vraiment. Elle essaye de faire le pont entre des publics très (trop ?) différents et tombe dans les vices de différents genres en essayant de bien faire, heureusement sans tomber dans la catastrophe industrielle.

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Un aspect de la série illustre justement tout mon propos. Si je vous dis 回想, par exemple. Car oui, la série use de nombreux flashbacks, vers le milieu de la série en particulier, pour expliquer les motivations de Nine et Twelve. Et de façon très symptomatique, ces flashbacks sont à la fois énigmatiques (car peu clairs) et évidents (car le procédé des « enfants torturés » est du déjà-vu complet scénaristiquement parlant), et mélangent à la fois la narration thématique, profonde, pour s’immerger dans le cerveau des personnages, et la narration classique, moins marquante et presque mécanique, qui cherche simplement à donner une explication. A titre de comparaison, une série comme Kiznaiver a réussi cette année à en faire une bien meilleure utilisation, mieux rythmée, avec les mêmes buts et sensiblement le même scénario. Ces flashbacks sont des éléments-clés, non pas de l’intrigue centrale de la série (les attentats, etc.) mais bien des motivations des héros et donc de tout le pan sociétal de la série. Et mieux les gérer aurait pu aider à faire fonctionner cet aspect, à mon sens.

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Il y a 2 ans, je disais : « Finalement, ZanTero veut trop en faire. Là où une histoire gardée dans la lignée des 2-3 premiers épisodes aurait paru simple mais ultra-efficace, elle est à la limite de la chute tout le long, passant son temps à se raccrocher au bord à une main ». Cet avis me semble toujours pertinent comme conclusion à cet article, malgré tout ce que j’ai pu oublier à l’époque.

Peut-être que cette série mériterait un revisionnage de ma part. Qui sait ? Plus j’en parle, plus j’ai l’impression qu’il y a eu beaucoup d’acharnement. Mais aussi que plein de choses ne semblaient pas logiques. Moi-même, même après 2 ans, je n’ai probablement pas tout compris, tout lu de ces 11 épisodes. Sans tomber dans le refrain classique (mais légitime) disant que le succès de la série chez les gens dépend de leur sensibilité à son genre et son propos, il est clair et net que tout ne peut marcher chez tout le monde, pour toutes les raisons que j’ai mentionnées dans cet article. Pour autant, Terror in Resonance mérite t-elle d’être négligée, oubliée, quand on voit ce qu’elle est capable de développer malgré tous ses défauts ?

Il reste encore aujourd’hui difficile pour moi de l’apprécier plus que ça, malgré toute l’application mise dans la série. Je ne la considère pas nécessairement « mauvaise » pour autant. Mais je ne peux que contester le fait qu’elle soit si rapidement tombée dans l’oubli. Et c’est peut-être ça qui mérite qu’on y fasse un 回想.

 

 

 

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