A comme Afro-disiaques, B comme BRADIO

Cela fait plus d’un an qu’ils déferlent sur une niche très particulière de la musique japonaise avec leurs extravagances, leurs costumes classes et colorés, leurs clips déjantés, leur rock funk catchy inoubliable et surtout la formidable coupe afro de leur chanteur. Qui ça ? BRADIO, bien sûr.

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Pourquoi en parler ? Pourquoi eux, parmi tous les groupes japonais loufoques, ou qui auraient pu se faire connaître après un générique d’anime récemment ? Bah déjà, je les aime bien. Ça joue un peu. Et puis, je leur trouve beaucoup de caractéristiques particulières qui me font penser que c’est un miracle que ce groupe soit devenu populaire chez une certaine frange de la population occidentale et japonaise, donc ça me paraissait sympa d’en parler. Embarquons alors dans le monde merveilleux de la Funky Party People, à travers quelques biographies, morceaux et chapitres étranges de la vie d’un groupe qui l’est peut-être tout autant.

 

BRADIO est donc un groupe de musique japonais, formé en 2010, et composé de 4 membres. Sur la photo précédente de gauche à droite : Soichi le guitariste, Takaaki le chanteur (oui, celui avec l’afro et le costume rouge en permanence), Yûki le batteur, et Ryôsuke le bassiste – en sachant que tous les membres chantent en backing aussi, en général. Takaaki et Yuuki sont au départ membres de The Movie Archives (2005 – 2010), un groupe de rock alternatif aux relents garage/emo old school, un peu genre Brand New à la japonaise, et qui n’a donc pas grand chose à voir musicalement. Il n’y a plus trop de ressources en ligne sur TMA, mais vous pouvez encore acheter leur album Splendor sur Amazon, ou en écouter quelques extraits. Ryôsuke et Soichi étaient quant à eux membres de Goldend, un groupe amateur sur lequel je n’ai rien trouvé. Malgré des styles opposés, les membres se sont retrouvés ensemble après une tournée commune et la dissolution de leurs groupes respectifs. La scène « punk mélodique » de Shinjuku ne convenant plus trop au groupe, le style a évolué à partir de ça. Ils étaient accompagnés jusqu’en 2012 d’un autre guitariste (Katsuhiro), qui s’est séparé en bons termes avec le groupe. Pour l’anecdote, BRADIO est censé être un acronyme, pour Break the Rule And Do Image On. Non, ce n’est pas une blague.

Musicalement, BRADIO est un groupe de rock, mais plutôt porté sur des mélodies prenantes et n’hésitant pas à mettre la dose d’instruments externes (cuivres, synthés, nappes, effets sonores) dans leur composition pour y créer des airs très entrainants et mémorables. Ce mélange d’influences quasi-disco crée une sorte d’AOR moderne, en faisant un groupe relativement unique, même aux standards occidentaux, et très étranger à la fois à la grosse scène indé japonaise comme aux majors super-produits. On arrive alors très souvent à un funk rock délibérément moderne et occidental, et avec évidemment beaucoup d’anglais utilisé dans les paroles pour le fun. Une recette qu’ils ont doucement appliqué dès leurs premières démos en 2010, et qui marche encore aujourd’hui avec un peu plus de diversité.

Voici par exemple « My Answer », le tout premier morceau du groupe :

On y sent encore les influences de Movie Archives, avec une voix grave qu’on n’entend que très peu dans Bradio, des guitares très saturées, et des paroles quasi-entièrement en anglais. On sent d’ailleurs que les fans récents sont perplexes en regardant les commentaires de « Crush on You », autre morceau de cette première démo, ressemblant plus à un groupe américain indé lambda.

 

 

Le groupe sortira au total 3 démos dont une acoustique entre 2010 et 2012, distribuées à leurs concerts. Et c’est bien courant 2011 et 2012 que tout change : le groupe décide de changer de style et s’y essaye avec la deuxième démo, DANCE N’ SOUL. Des majuscules, un titre funky et en anglais… On se sent déjà plus proches du groupe actuel. Et en effet la recette est clairement en marche, comme le montre le morceau d’ouverture « Abracadabra » :

 

Takaaki se contient encore beaucoup vocalement, mais les instrus se font plus travaillées, moins rock, plus mélodiques et au rythme pop/disco/funk. Pour info, le groupe a lui-même mis quelques morceaux de ces vieilles démos sur leur compte Youtube, profitez-en !

En 2013, le groupe rejoint un label indépendant, à savoir D&S Records. Après un succès local grandissant, ils s’essayent enfin à un mini-album (pratique très courant chez les amateurs comme majors au Japon) qui sort en juillet et qui marque enfin le style BRADIO tel qu’on le connaît aujourd’hui. Ce mini intitulé DIAMOND POPS, est ainsi leur première release nationale officielle, et contient les premiers hits du groupe sur le net, notamment le déjà très catchy « Golden Liar ».

 

Le style est déjà là, l’exubérance un petit peu moins (l’afro est balbutiante, le costume est doré et pas rouge) mais les mêmes bases musicales comme artistiques se confirment, et le succès ou la curiosité qui vont avec également ! Le groupe manque un peu d’identité, et n’a d’ailleurs pas encore son logo actuel. Le style vestimentaire est clairement inspiré, comme la musique, de vieux genres de musique noire, comme le doo-wap pour les costumes unifiés et le leader bien marqué visuellement. Il commence également à faire des morceaux plus posés, presque soul, toujours avec les mêmes influences.

Puis arrivent les années fastes, 2014 et 2015 : le groupe sort son 2ème mini-album, Swipe Times, avec le nouveau tube « Overnight Superstar », et le groupe annonce enfin son premier album complet pour 2015. Le premier single du groupe sort enfin fin 2014, et c’est une de mes chansons favorites : le génial « Otona HIT PARADE ».

Clairement dans la veine AOR et vintage années 80, le groupe n’hésite à se donner une image de faux lovers, notamment dans ses clips. Le succès est timide (le single arrive péniblement à être 160ème des charts, honnête pour un groupe indépendant toutefois – le mini-album fait 120ème), mais l’événement est ailleurs. Car oui, le 2ème mini-album, ce premier single et le futur album sont parus sur le nouveau label du groupe, un label qu’ils ont eux-mêmes fondé ! Répondant au doux nom de HERO MUSIC ENTERTAINMENT (ce n’est toujours pas une blague, et du coup on reconnaît bien leur style), il n’a d’ailleurs publié à ce jour que des albums et singles de BRADIO.

 

Le vrai miracle arrive quelques semaines plus tard : le groupe est contacté par le comité de production de l’anime Death Parade, pour en composer le générique de ce qui deviendra un nouveau hit culte sur le net mais cette fois à l’échelle otaku, et donc l’échelle mondiale par la force des choses. EVERYBODY, PUT YOUR HANDS UP, c’est l’heure de « Flyers » !

 

Malgré un succès assez faible de la série au Japon, le générique marque, pas seulement par ses visuels mais par sa chanson également. Hymne du fun(k), elle fait connaître le groupe au grand public, et le single finit 47ème des charts nationaux. Les commentaires occidentaux envahissent la chaîne YouTube du groupe, ce qui n’est pas pour lui déplaire (lui qui prend déjà tant au monde occidental). Les FUNKY PARTY PEOPLE, doux nom donné aux fans par le groupe lui-même, continuent à grandir en nombre, et la popularité du groupe est boostée. Pas question pour autant de passer chez un major : le groupe continue à enchaîner les singles sur son label et (enfin !) son premier y sort mi-2015, le très attendu POWER OF LIFE. On y retrouve notamment un featuring d’un des rares groupes populaires au style similaire, Home Made KAZOKU (que vous avez déjà peut-être entendu sur le très groovy OP2 d’Eureka Seven). Le groupe enchaîne les concerts pour la promo de leur galette, et ses chansons prennent toute leur dimension en live, avec l’explosivité et le talent du groupe, comme sur cette version live de FUNKASISTA.

Et cette popularité, malgré la timidité habituelle des groupes japonais, BRADIO va l’exploiter à fond, dans son style exubérant qui lui va si bien. Remarquant la popularité de son générique, le groupe décide de refaire, en version quasisuédée, le générique de Death Parade qu’ils ont chanté. Une initiative ridicule mais génialement inventive et inédite, et le résultat et tout aussi bordélique que vous pouvez l’imaginer.

 

 

Le groupe étant dans le fun complet dans ses clips, celui-ci ne déroge pas à la règle et participe encore plus à la réputation du groupe sur le net. Le clip officiel de « Flyers » n’est d’ailleurs pas mieux, enchaînant tous les effets visuels ringards ou loufoques sur le groupe, créant au choix la confusion ou l’hilarité du public.  Il faut quand même signaler que c’est extrêmement rare, ce qui s’est produit. Les groupes créant les génériques sont en général choisis par le comité de production, où figure TRÈS souvent une grosse maison de disque (par exemple Lantis, ou VAP qui possède une partie de Madhouse), qui va ainsi avoir le dernier mot pour placer ses artistes aux génériques, quitte à ce qu’ils doivent composer une chanson en rapport avec l’anime. BRADIO fait clairement partie des exceptions, tant sur le choix du groupe que pour la chanson, et c’est tout à fait appréciable mais incroyablement chanceux d’avoir un groupe indépendant (et aussi étrange) à l’opening d’un anime.

Et pourtant ! Courant 2015, le groupe est à nouveau annoncé pour un opening d’anime, mais celui-ci ne permettra pas vraiment d’augmenter substantiellement la popularité du groupe : c’est en effet le générique de la dernière saison de Peeping Life, une série très bizarre en 3DCG et très peu connue en dehors du Japon, dont le franchise est diffusée depuis 2008. Pas de problème, série loufoque ça colle très bien au groupe, qui sort le formidable « Hotel Alien ». Il arrivera à nouveau 47ème des charts malgré la non-popularité totale de la série à laquelle la chanson est liée ! Et puis le groupe s’y remet après le clip officiel de la chanson (déjà très sympa et bourré de références), et refait à nouveau le vrai générique de la série avec les moyens du bord, et c’est encore exceptionnel.

 

 

La popularité de la chanson est tellement qu’elle se retrouve sur les dernières versions de GITADORA/DrumMania/Guitar Freaks, bornes d’arcade musicales assez prisées et jouéds au Japon, participant encore à sa réputation. Résultat, POWER OF LIFE atteindra une très honorable 22ème place des charts au Japon, un nombre même assez incroyable considérant le style du groupe, le contexte de ses singles et la production nécessaire. Le groupe est finalement attendu au tournant… mais pas trop ? Difficile d’attendre vraiment un groupe toujours indépendant, et surtout toujours loufoque.

Quoiqu’il en soit, le groupe continue ses concerts et même sa tournée pour soutenir son album, et a même dégainé sa nouvelle arme : le nouveau single, « Gift », sorti en début d’année. Et là, surprise : il s’agit d’une chanson douce, très jolie, mais signe d’un exercice de style totalement inédit pour le groupe. C’est en fait un hommage aux mamans, à travers des paroles évoquant la distance d’un homme par rapport à sa mère, et ses regrets par rapport à son comportement étant enfant, à travers l’évolution de son regard sur sa mère au fil du temps. Une vraie chanson émotionnelle, presque triste, qui contraste beaucoup et qui est du coup osée pour un single. Un signe de changement ? Un essai ? L’avenir nous le dira, mais le groupe a en tout cas gardé son image sur scène et sur Internet. Il se targuait même tout récemment d’avoir croisé des fans français en concert !

Le groupe poste (très) régulièrement sur son blog, pas seulement pour annoncer/résumer des concerts, mais aussi pour raconter sa life. Même chose sur Twitter, où les membres ont chacun un compte individuel, et où le compte du groupe reposte en boucle les liens vers les singles sur YouTube. Ces temps-ci, sur LINE, on peut par exemple y observer les membres jouer à Pokémon GO. LINE, où ils ont d’ailleurs des stickers à l’image d’un personnage avec un afro, et ça c’est la méga-classe. La description en anglais est particulièrement savoureuse.

 

 

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« Les affreux n’ont pas d’afro », disait M.

 

Et voilà. BRADIO, c’est tout ça. Un groupe peut-être pas si original à l’échelle mondiale, mais qui a su se démarquer dans une niche très spéciale, et de la plus loufoque des manières. Si le reste est une affaire de goût, croyez-moi que des groupes aussi talentueux qu’eux dans la musique pop récente, j’en reprendrai bien. Un groupe unique qui a acquis une popularité indéniable dans le cœur de jeunes internautes, et à qui j’espère un grand avenir dans cette même veine comico-funky.

 

Peace.

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