Kids on the slope, like rolling stones

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Des histoires d’amour sur les partitions de l’amitié.

Cette saison, on a droit à un anime mélangeant plutôt bien romance, drama et musique (en tout cas pour le moment) : le très joli Shigatsu wa Kimi no Uso (que vous pouvez voir en simulcast sur Wakanim). Si KimiUso se lance effectivement plutôt bien, il n’est pas sans me remémorer un autre anime auquel je tiens beaucoup, sorti du fameux créneau noitaminA en 2012 : il s’agit de Sakamichi no Apollon, plus connu en Occident comme Kids on the Slope. Un anime qui avait des arguments pour me plaire de base et qui a sublimé toutes mes attentes, devenant probablement mon anime dramatique favori de toute ma collection. Ce dont je vais tenter de vous convaincre ici. Car il ne fait pas l’unanimité non plus.

Jazz on!

Bon Jazz on, ça ne veut rien dire, mais ça sonnait bien. Car oui : Sakamichi est un subtil mélange de romance, de jazz, de slice of life, de drame et de tout ce qui fait que les relations humaines, bah c’est pas aussi simple que ça, et que c’était déjà le cas dans les années 50-60. Il s’agit quand même de l’adaptation d’un josei (le pendant féminin du seinen, et un genre pas si populaire au japon comparé aux 3 autres grandes catégories), écrit par Yuki Kodama (et publié de 2007 à 2012), et dont l’anime adapte – quasiment – l’intégralité. Petite fiche technique rapide :

  • Studio : MAPPA (leur premier anime ! Studio créé par des anciens de Madhouse, qui feront ensuite Teekyu, Terror in Resonance, et en ce moment Garo et Shingeki no Bahamut)
  • Réalisateur :  Shinichirô Watanabe (ehhhh oui !)
  • Bande-son : Yoko Kanno
  • Épisodes : 12

Voilà. Cet anime était aussi et surtout le grand retour du duo magique Kanno-Watanabe. Autant dire que pour moi, déjà fan de Watanabe, c’est arrivé à point nommé (même si je l’ai vu environ 1 an en retard :D).

 


 

Et pourtant, l’histoire part de la plus classiques des façons, notamment dans l’élément perturbateur et les personnages. Kaoru, élève doué et discret, déménage de près de Tokyo jusqu’au fin fond de Kyushu, en plein sud du Japon, pour vivre avec son oncle ; son père étant souvent en déplacement (car travaillant en mer), ce n’est finalement qu’habituel. Sauf que cette fois, il va se faire prendre à parti à répétition par le bad boy local, Sentaro, le tout en tombant déjà sous le charme de Ritsuko, élève et déléguée de sa classe. Si on devine déjà comment les personnalités peuvent évoluer, le liant le plus puissant est finalement la musique : chez le père de Ritsuko, vendeur de disques, Kaoru joue un peu de piano (qu’il joue depuis petit), et découvre, par le biais d’un monstrueux Sentaro à la batterie, la puissance du jazz, genre musical qu’il n’a qu’effleuré jusqu’alors. Le conflit entre le classicisme et la précision de la musique jouée par Kaoru et le jazz explosif de Sentaro devient finalement le début d’une longue amitié, où vont transiter musique et jeu en groupe (avec notamment le prodige trompettiste Jun), mais aussi relations amoureuses, tant les relations entre les personnages semblent compliquées : Kaoru a des sentiments pour Ritsuko, Ritsu et Sentaro sont amis d’enfance et Sentaro semble l’apprécier aussi, avant de tomber amoureuse de Yuriko, quatrième membre des main characters, et Ritsu reste jusqu’à la fin en conflit permanent avec elle-même.

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Trio musical, triangle amoureux, et bien plus encore

Le tout sur fond de (vrais) classiques du jazz, retranscrits à la perfection tant les musiciens choisis pour doublés maitrisent à la perfection tout ce qu’ils font ; et MAPPA et Kanno s’en amusent ! L’animation musicale est incroyable ; je n’ai tout simplement jamais vu (même dans KimiUso), une animation aussi réaliste du jeu musical, de la synchronisation, des mouvements, et cela pour tous les instruments et tous les morceaux joués dans la série. MAPPA réalise d’ailleurs un boulot majestueux, dont les graphismes shôjo, difficiles à affiner ; chose réussie ici, avec quelques tons ternes bien travaillés, et une animation quasi-parfaite, pour la musique, certes, mais aussi pour tout le reste. En résultent quelques scènes mythiques, notamment à l’épisode 7. Mais je ne veux pas spoiler, donc je vous laisserai simplement une petite vidéo pour juger. Sachant que cette scène est sans doute ancrée à jamais dans ma mémoire, ayant réussi à me faire absolument tout apprécier dedans, et me donner les larmes aux yeux. Mais j’en fais sans doute trop.

 

Le chara-design reste franchement très bien fichu, même si par moments assez stéréotypé (l’effet shôjo, sans doute), et je peux comprendre que le style en rebute certains (le manga ne m’a pas vraiment attiré, d’ailleurs).  Mais il se marie très bien avec l’ambiance  donnée et l’univers général, donc pas de souci de côté-là.

Sans en raconter plus sur l’histoire, j’aimerais détailler un peu plus pourquoi c’est limite devenu un classique pour moi.

En fait, je le considère aussi bien que ça car il excelle pour moi dans 2 aspects : en tant qu’anime de base, certes, mais aussi en tant que réussite dans ses propres sphères, sphères qui ne sont habituellement pas dans mes favorites. Donc il y a un aspect plus basique, et un autre plus personnel. Et rare sont les séries qui me convainquent dans les 2 (voire me font remettre en question certaines choses). Ce qui ne les empêchent pas d’être des très bons animes ; mais en tout cas, cette réussite entière de Sakamichi chez moi, et ce malgré les (rares) défauts que je peux lui trouver, lui donne cette espèce d’aura de summum de qualité parmi tout ce que j’ai pu voir. Et finalement, comme pour beaucoup, je n’ai pas l’explication miracle de quels détails précis me font autant apprécier, mais je vais essayer d’explorer quelques pistes pour ça.

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Les passages comiques sont rares, mais légers et plutôt fédérateurs.

Bon, techniquement, c’est clair que c’est une réussite. Certains passages sont même de l’ordre de la prouesse. La soundtrack est absolument somptueuse, que ce soit le score de Kanno comme les reprises de standards du genre excellemment intégrées (sans partir dans les références juste pour faire des références) à l’histoire comme à l’audio sont ultra-appréciables, et ceci même pour quelqu’un n’étant pas fan de jazz (personnellement, j’étais déjà un peu initié par la soundtrack de Baccano!, voire même déjà de Cowboy Bebop, d’une certaine façon). Je recommande vraiment, vraiment d’aller explorer la soundtrack (qui existe en 2 versions, une simple et une avec les rarities, ces petits morceaux de soundtrack et effets sonores entendus dans l’anime). Le générique est un peu plus oubliable, mais magnifiquement animé lui aussi, et entrainant, ce qui suffit tant l’anime fait le boulot derrière.

L’histoire est rondement menée ; le love polygon de base n’est jamais vraiment résolu, mais rares sont les animes de romance-drama avec une bonne fin, et ici j’ai simplement adoré l’idée qui s’en dégage, alors que le principe était très casse-gueule (ceux qui l’ont vu sauront de quoi je parle). Car finalement, ce n’est pas un anime de musique dont on parle ; la musique, aussi magnifiquement traitée qu’elle le soit, est simplement le support de la vie de Kaoru et des relations se tissant avec ses amis et son amour. Les situations et rebondissement ne sont pas surprenants, mais si sobres, parfois si réalistes (pas tout le temps ; quelques-uns sont assez simplistes), et surtout sans fioritures ni exubérances forcées , que tout passe très bien, malgré un rythme général plutôt moyen-lent, et des visuels pas très « heureux » vu le ton général. Les 2 derniers épisodes sont des modèles du genre, tant la psychologie des persos se retrouve parfois bien loin de ce qu’on pouvait penser (pour le pire comme le meilleur).

Bon, j’en fais vraiment tout un foin, mais bordel cette musique. C’est juste incroyable. J’aurais jamais cru que ça puisse être un moteur d’appréciation d’un anime (au contraire, ça me rebutait même un peu pour regarder, au début), mais c’est parfaitement le cas. On sent une espèce de transmission de passion, que ce soit par les personnages (évidemment beaucoup par Sentaro), mais aussi par la puissance dégagée par les morceaux, et ce dès le premier épisode et les multiples versions du « Moanin' » d’Art Blakey. Des amis pas du tout amateurs du genre me l’ont confirmé : c’est putain de saisissant tant c’est intéressant à suivre. Sans parler en plus du travail abattu par Kanno, comme d’habitude de très bonne facture.

 

Les personnages ne sont pas si nombreux, mais leurs caractères (simples mais complémentaires) font l’affaire, et le développement de personnages est particulièrement efficace sur les 3 (voire 4) persos principaux. Là encore, pas vraiment de reproches. (Non vraiment, j’ai beau chercher, mais j’ai tellement dû être aspiré par tout ce que j’ai aimé que le reste n’a pas du m’effleurer l’esprit plus longtemps que ça).

Pour parler donc de l’autre aspect, plus personnel, c’est surtout l’exploit de me faire aimer autant un anime, en réunissant 2 sphères qui m’étant bien étrangères, voire me rebutaient : la romance-drama, et le jazz. J’ai tellement l’appréhension de stéréotypes sur ces 2 genres que la surprise n’en a été que plus belle : pas d’anime musical ultra-perché sur la théorie musicale ou rempli de références à la limite de l’élitisme, et de l’autre côté, pas de romance niaise, perchée, criarde, ou harem/reverse-haremesque.

L’histoire est touchante. Celle d’un coming-of-age sérieux, dramatique mais tristement réel, dans une époque assez originale pour le traiter (le Japon plutôt rural des années 60, avec les genres musicaux qui vont bien), et qui passe par toutes les phases possibles, et dont on suit l’évolution, passant par la déchéance, la vie en solitaire, les amis, etc. Je n’avais jamais envisagé le portrait de relations amoureuses de la façon dont Watanabe et Kodama l’ont écrit ici, tant sur le fond que sur la forme ; aujourd’hui peut-être j’aurais plus de mal à trouver ce genre de script original. Encore que… L’exploration sentimentale n’est pas profonde : ça reste une histoire d’adolescence, que l’époque rend en plus sans obstacles modernes inutiles. Le ton est généralement neutre voire léger, mais parfois grave et jamais vraiment gentil avec les protagonistes. Ce qui semble être une bonne description de notre vie à chacun, surtout à cet âge-là.

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Après avoir regardé, on aimerait aussi passer des heures, des jours, des mois dans le sous-sol de chez son disquaire…

Toujours est-il que l’exploration de toutes les facettes possibles rend encore plus forte l’attache aux personnages. Cela passe par la société de l’époque, la musique (évidemment), la famille, l’école, les amis, la violence, la spontanéité des sentiments, les liens entre couples… Parfois traités de façon plutôt succincte, certes, mais tous explorés pour découler aux dénouements de chacun, tous différents, et tous avec une morale différente. Chacun peut y voir un symbolisme ; certains sur le solitude, d’autres sur l’honnêteté, ou même encore sur l’enfance, sur les rêves et l’ambition personnelle… Toute l’histoire est à la fois ouverte et pourtant si ancrée dans la situation de ses personnages…

Bon, je crois que je commence définitivement à en faire trop. Mais dites-vous bien que pour moi tout est là : le fond, la forme, le liant, le thème. Les personnages, le scénario, l’idée, le dénouement. La réalisation, l’animation, les visuels. La musique, la soundtrack, le doublage.

Chacun ses critères. Mais difficile de se retenir quand on considère que tout est réussi.

 


Fonds musicaux de cet article :

Médias utilisés :

  • Captures d’écran et vidéo de Kids on the Slope !

Une réflexion sur “Kids on the slope, like rolling stones

  1. Pingback: Kaisô no Terror | Yoster Avenue

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